Courir en ville. Pas l’Escalade ou le marathon de Berlin. Non, juste courir en ville. Pour soi. Pour suer. Pour le plaisir ou pour souffrir. Pour découvrir. On en voit des choses lorsque l’on court. Il faut savoir prendre le temps de courir. En voiture, cela va trop vite. En vélo, il faut faire attention. A pied, cela va trop lentement, alors l’œil s’égare et la concentration s’étiole. Mais courir, c’est juste la bonne vitesse.

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C’est l’hiver à Rio de Janeiro mais la température oscille, avec parfois des amplitudes de variation surprenantes, entre 20 et 30°. Pas d’excuse valable pour ne pas aller découvrir un bout de cette ville fascinante, justement surnommée «la cité merveilleuse». Abandonnons d’emblée toute prétention: comme toutes les mégalopoles d’Amérique du Sud, Rio s’étale sur des centaines de kilomètres carrés. Même en changeant de parcours à chaque sortie, impossible d’en faire le tour. Ce qui n’ôte rien au plaisir de partir à l’aventure.

Le hasard (l’amie d’un ami d’un collègue louait son appart’) et les circonstances (les Jeux olympiques) nous ont déposé au pied de la station de métro General Osorio, intersection des lignes 1, 2 et 4, mais surtout à équidistance de trois centres d’intérêt de la ville: le Lagoa de Freitas, Ipanema et Copacabana. Il est possible de les relier les trois par une boucle d’une quinzaine de kilomètres. Première destination: le Lagoa, à travers les rues légèrement vallonnées de cette partie chic de l’ex-capitale du Brésil. Des petites rues, étonnamment sombres, pas très larges, garnies de petites boutiques et de cafés, appelés «lanchonete».

Dans cette ambiance de quartier assez inattendue pour une ville de 12 millions d’habitants, on court sous les frondaisons et sur des petits carreaux de céramique qui, contrairement aux pavés ou aux dalles que nous connaissons, ont l’avantage de se tordre à volonté – sans jamais casser – sous la poussée des racines d’arbres qui affleurent à la surface. Il faut donc faire attention où l’on pose les pieds, mais également être prudents aux carrefours. Il y en a pratiquement un tous les cent mètres dans cet urbanisme en damiers et les voitures n’ont pas l’habitude de ralentir. Pour éviter les trottoirs encombrés, il peut être tenant à certaines heures de courir sur le bord de la chaussée. Fausse bonne idée: beaucoup de taxis sont garés en double file et les voitures qui sont elles correctement stationnées se collent de si près qu’il est difficile de se glisser entre deux pare-chocs.

Au croisement de la rue Vinicius de Moraes, il faut tourner à droite pour descendre vers le lagon. Malgré la chaleur, c’est l’hiver et les employés communaux ratissent d’énormes feuilles jaunies. Quatre ou cinq suffisent presque à constituer un petit tas qui attend là on ne sait trop quoi, peut-être la prochaine bourrasque venue du large. L’ambiance change radicalement en débouchant sur le Lagoa de Freitas. Ce lagon naturel mais artificiellement salé pour éloigner les moustiques est une sorte de Central Park pour les habitants fortunés de Rio. Ils y viennent à toutes heures pour marcher, courir, faire du vélo. Défense de marcher sur l’eau. Décor de carte postale avec les immeubles tout autour et, en arrière-plan, les célèbres «morros», ces collines escarpées qui donnent à la ville son relief et son cachet immédiatement reconnaissable. Le plus célèbre est le Pain de sucre, qui n’est pas visible au Lagoa. En revanche, le site offre une vue de profil du Christ Rédempteur, perché 700 m plus haut sur le Corcovado.

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Le tour du Lagoa fait 7,5km. La quasi totalité des coureurs l’emprunte dans le sens des aiguilles d’une montre mais courir comme sur une piste d’athlétisme est possible également puisque le parcours est balisé dans les deux sens. On y croise ou double (ça ne va pas très vite) toutes sortes de gens. De nombreux clubs de runners y ont leurs habitudes, et même des stands situés en bordure des deux pistes, l’une en terre pour les piétons, l’autre en bitume pour les sportifs. Beaucoup de coureurs sont accompagnés d’un coach, une pratique très à la mode dans les milieux favorisés. Le parcours est très agréable, sauf sur une portion d’environ deux kilomètres très proche de la route. L’odeur âcre des excréments de pigeons ajoutée à celle plus chargée des algues en décomposition poussent à forcer l’allure, mais ces désagréments n’ont qu’un temps. Reviennent ensuite, la quiétude d’un bord de lac, la beauté à couper le souffle du paysage, le charme des clubs nautiques posés à fleur d’eau.

Peu avant de boucler la boucle, à hauteur du siège du célèbre club de football de Flamengo («le club le plus aimé du monde», proclame un slogan peint sur le mur d’enceinte), on peut quitter ce petit paradis pour se rejoindre l’océan en traversant le quartier de Leblon. Une petite bosse d’une dizaine de mètres de dénivelé à passer et la route redescend à nouveau en direction de l’Atlantique. Il y a souvent du vent et l’air y est toujours plus frais qu’autour du Lagoa. Il y a aussi plus de monde. Des promeneurs, encore des sportifs avec leur coach. On croise même une salle de fitness en bordure de plage! La tentation est grande de quitter la piste réservée aux coureurs et cyclistes pour monter sur le trottoir. Il est décoré des célèbres petits carreaux noirs et blancs qui ont fait la réputation des plages de Rio. A Leblon puis Ipanema, ils dessinent des motifs semblables à des vieux postes de télévision des années 70. La plage n’est pas très longue, un peu plus de 2,5 km de long et avec le vent dans le dos, cela va presque trop vite. La statue de Tom Jobim, le compositeur du célèbre Girl of Ipanema, en annonce la fin.

La plage de sable fin est interrompue par le promontoire rocheux d’Arpoador. C’est le lieu des pêcheurs et, un peu en hauteur, des amateurs de musculation. Le fitness, et plus généralement le culte du corps, semble d’ailleurs une seconde religion au Brésil (ou une troisième si l’on compte le football). Partout, des portiques avec espalier, barres de traction, poignées, banc pour les abdominaux, sont à disposition du public. On les compte par dizaine.