Le coureur dont tout le monde parle en cette fin d’année est Genevois. Depuis octobre dernier, il détient le record d’Europe du 10 km sur route (27’32). Formé au Stade Genève, le club à l’origine de la Course de l’Escalade, vainqueur l’an dernier, Julien Wanders sera l’homme à battre de la plus grande course du pays. Il est à lui seul une raison suffisante pour venir au bord du parcours dimanche en début d’après-midi. Ajoutez le vice-champion d’Europe genevois du marathon et double vainqueur de l’Escalade Tadesse Abraham, des challengers internationaux d’un niveau exceptionnel, une course féminine très prometteuse et plus de 46’000 inscrits pour les courses du week-end : la 41e édition de la Course de l’Escalade s’annonce superbe.

Wanders pour un show en solitaire ?

L’an dernier, à 21 ans, Julien Wanders avait triomphé pour la première fois sur « sa » course de l’Escalade ; là où il a couru pour la première fois, au début des années 2000. Depuis, il a poursuivi sa montée en puissance, avec un record suisse et un record d’Europe U23 du semi-marathon (60’09) en février, une 8e place aux Mondiaux de semi en mars et un record d’Europe du 10 km mi-octobre à Durban (RSA/27’32). Rentré du Kenya il y a deux semaines pour la Corrida bulloise, il se dit plus fort encore que lors de son exploit sud-africain. Et ses envolées sur les pavés de Bulle et de Bâle (victoires écrasantes avec deux records du parcours à la clé) l’ont confirmé. Tellement qu’en Europe, personne n’est actuellement en mesure de l’accrocher. Au niveau mondial, l’estimation est plus compliquée, mais ils ne semblent pas être beaucoup plus que 10 à pouvoir tenir la dragée haute au Kenyan blanc « made in Genève ». Autant dire que ses rivaux auront fort à faire dimanche : même Fredrick Kiptoo (KEN), deuxième l’an dernier, risque de souffrir de la comparaison. Ses chronos 2018 sont un peu moins bons que ceux de l’an dernier ; tandis que Wanders a franchi de nouveaux paliers. Mais qu’importe : bagarre ou récital solitaire, le spectacle s’annonce magnifique.

Un autre des meilleurs coureurs suisses de tous les temps, lui aussi Genevois, sera au départ : le vice-champion d’Europe de marathon et double vainqueur de l’Escalade Tadesse Abraham. En pleine préparation pour le marathon de Dubaï en janvier prochain, « Tade » va tout donner sur sa course préférée. Mais sauf grosse surprise, il va manquer de vitesse pour suivre Wanders dans les rues de la Vieille-Ville. Derrière l’immense favori, la lutte pour les places d’honneur s’annonce âpre, avec une incroyable densité de coureurs de grande facture, en tête desquels on retrouve trois athlètes du meilleur niveau européen : le champion d’Europe 2014 du 3000 m steeple Yoann Kowal (FRA), le Russe Rinas Akhmadeev, 7e des Europe de Berlin sur 5000 m, devant Wanders, ainsi que le Français Florian Carvalho, médaillé européen sur 1500 m et en cross. Mais aussi avec une armada kenyane composée notamment de 4 sparring partners de Wanders : les frères Alex et Matthew Kibarus, ainsi que Sylvester et Oliver Kiptoo, de la famille de Fredrick. Ou encore les tauliers Bernard Matheka et Patrick Ereng, ainsi que le redoutable Marocain Soufiyan Bouqantar, crédité de 7’39 sur 3000 m et 13’17 sur 5000 m cet été sur la piste.
Derrière Wanders et Abraham, plusieurs Helvètes vont se disputer les places d’honneur nationales : le champion suisse du 10’000 m Fabian Kuert (LV Langenthal), les internationaux sur marathon Andreas Kempf (TSV Düdingen) et Marcel Berni (TV Länggasse), le deuxième de la Corrida d’Octodure Jérémy Hunt (Porrentruy) et, bien sûr, la brigade jaune et noire du Stade Genève avec notamment : Thomas Huwiler, Sullivan Brunet et Ilias Hernandez.

La couronne de la princesse Bekele menacée

Depuis trois ans, la princesse éthiopienne du Stade Genève Helen Bekele règne sans partage sur la Course de l’Escalade. Avec le maillot du club organisateur, la marathonienne de niveau planétaire (2h22’48 cette année, 28e perf mondiale) a prouvé l’an dernier qu’elle avait plus d’une corde à son arc en s’imposant au sprint face à la redoutable Kenyane Maggie Masaï. Avec également une référence de grande classe sur semi-marathon (67’47), Bekele sera à nouveau la principale favorite de l’édition 2018. Attention cependant à la jeune Ougandaise Peruth Chemutai. Il y a deux ans, à 18 ans, la bondissante spécialiste de steeple avait lâché Bekele dans le premier tour, avant de se faire reprendre et concéder 5 secondes à l’arrivée. Depuis, le jeune talent a engrangé de l’expérience et gravi les échelons internationaux. Cette année, elle a brillé sur 3000 m steeple avec une médaille d’argent aux Mondiaux U20 et un chrono de 9’07 : 7e meilleure performance mondiale 2018. La voici de retour à Genève, bien décidée à voler la couronne à la princesse locale. L’avantage de Bekele : au nom de l’égalité, la course féminine se joue comme celle des hommes sur trois tours, pour un total de 7,323 kilomètres et non 5 km comme de coutume lors des courses en ville.

Grâce à la présence de la Kenyane Cynthia Kosgei, vainqueur en 2013 et 2014 – avant l’ère Bekele –, on aura cette année les vainqueurs des 5 dernières éditions au départ. La récente deuxième de la Corrida bulloise sera une outsider de choix. Tout comme l’Ougandaise Esther Chebet et la Kenyane basée en France voisine et 4e de 2016 Mercyline Jeronoh. Autre athlète au palmarès impressionnant : Malika Akkaoui (MAR), double finaliste mondiale sur 1500 m au crédit de brillants records sur 800 m (1’57) et 1500 m (4’03). La Marocaine s’est cependant montrée un peu juste sur le long il y a deux semaines à Bulle.
Côté helvétique, c’est la double championne d’Europe et vice-championne du monde de course de montagne Maude Mathys (CA Riviera) qui part avec les faveurs de la cote. A noter également la présence des championnes suisses de 800 m et de 5000 m Sina Sprecher (TV Länggasse) et Martina Tresch (GG Bern) ainsi que de la 28e des Championnats d’Europe sur marathon et deuxième de Morat-Fribourg Laura Hrebec (CS 13 étoiles).