Le Genevois enlève la 3e édition en battant le record du parcours. Deux jours avant, il s’était glissé dans la peau d’un gladiateur!

D’une certaine façon, la course à pied lui a offert les clés de la liberté. Depuis son arrivée en Suisse, elle est devenue sa légitimité et son gagne-pain. Tadesse Abraham vole sur les ailes d’Ethiopian Airlines ou assure ses succès grâce à Generali. Personne ne s’en offusquera. Pour le meilleur et pour le pire, sport et business font si bon ménage. Seulement, pour l’ancien requérant d’asile érythréen, courir est plus que tout cela. C’est autant une raison d’être qu’un style de vie. «C’est ma passion et mon bonheur», se plaît-il à dire.

«10 km dans la vue»

Dimanche matin, sur le quai du Mont-Blanc, il fallait le voir savourer son succès en remerciant le public à la cantonade. Il avait chipé le micro du speaker et effectuait sa ligne d’honneur comme le ferait un joyeux bonimenteur. Tel est Tade, spontané et chaleureux. Un rayon de soleil inespéré avait salué son triomphe. Un chrono record, sous l’heure de course (59’55 contre 60’41), quoi de mieux pour donner aux 20 km de Genève leurs lettres de noblesse. «Je n’en avais pas fait un objectif déclaré. Mais à 5 km de l’arrivée, je me suis dit qu’il était à ma portée.» Alors, malgré un coup de fatigue, le 9e du marathon des Mondiaux de Doha n’a pas relâché la cadence. Y avait-il une prime à la clé? La question reste taboue.

Bien sûr, on est loin de son record national (57’43), établi en 2015 à Barcelone. Un ciel crachoteux, un parcours casse-pattes et une concurrence trop vite éparpillée dans la campagne ne se prêtaient pas à ce genre de prouesse. Il faut dire aussi que le Genevois d’adoption avait passé les deux jours précédents à Zurich, sous les caméras de la DRS et de son show sportif, «Super Zehnkampf». «Ce n’était pas la préparation idéale mais c’était rigolo, confie-t-il. Je portais une tenue de gladiateur et je suis tombé plusieurs fois sur la glace du Hallenstadion», se marre-t-il, une pommette très légèrement tuméfiée. Promis, il s’entraînera plus sérieusement afin d’arriver en forme à la Course de l’Escalade, le dernier grand objectif de sa saison.

Derrière lui, un bonhomme rondouillard pouffe lui aussi. «J’ai passé la ligne en même temps que lui, il m’a juste mis dix kilomètres dans la vue», s’exclame Cédric, agent de sécurité à l’aéroport et footballeur des talus à Collex-Bossy. Un départ commun a permis cette heureuse et hasardeuse mixité. Au moins, il ne s’est pas fait rattraper par la jeune Éthiopienne Israel Geletu, lauréate de l’épreuve en 1 h 14’28. «Il n’y avait pas grand monde le long du parcours, ce sont surtout les coureurs du 10 km qui m’ont applaudi lorsque je les dépassais», témoigne le héros du jour. Cédric boit une bière à sa propre santé, c’était sa première course. Comme la bibine, ce ne sera sans doute pas la dernière.

Avec l’ajout de cette distance plus abordable, les 20 km de Genève ont encore gagné en popularité. Au total, la 3e édition a rassemblé plus de 3500 sportifs du dimanche. Seul regret: le Jet d’eau avait fermé son robinet et le Palais des Nations ses grilles, sécurité oblige. Venue de Barcelone où elle fait un doctorat en épidémiologie, Martina Recalde s’est imposée sur 10 km. Ses recherches portent sur les relations entre obésité et cancer. «Courir pour garder la ligne est un gage de santé», assure la Suisso-Argentine en montrant l’exemple.

 

Pascal Bornand (TDG)